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Le ping pong théorie et pratique en Astrologie
par Jacques Halbronn

 Il nous semble qu'un grave malentendu existe quant au rôle de la théorie et de la pratique en astrologie en ce cens que tout se passe comme si l'on avait inversé les enjeux.

Il y a probléme, ainsi, quand on entend des praticiens déclarer qu'ils ont "vérifié" telle ou telle méthode, telle ou telle notion au point de refuser de vouloir y renoncer par la suite.

Expliquons-nous : le praticien n'a pas vocation à dire que quelque chose "marche" mais bien plutôt que quelque chose ne marche pas.

En effet, le fait que "ça marche" est une condition nécessaire mais pas suffisante. Savoir donc que ceci ou cela marche n'est pas le nec plus ultra, sans appel mais simplement qu'il n'y a pas de contre-indication majeure au niveau de l'application.

Mais cela n'empêche nullement que ce qui est ainsi testé - et testable- ne soit ultérieurement mis en cause du fait d'un défaut de conception, d'une incompatibilité avec tel ou tel critère. Et dans ce cas, le fait qu'il y ait eu un satisfecit au niveau de la pratique ne suffira pas à maintenir indéfiniment son utilisation.

Il y aurait abus de pouvoir de la part des praticiens à vouloir poursuivre une application qui a été dénoncée en amont pour vice de construction, quand bien même les effets négatifs éventuels ne seraient pas immédiatement perceptibles et manifestes.

Le cas de Pluton, soulevé notamment par Françoise Ruaud (fondatrice du forum lune soleil) est emblématique d'un tel débat. Cette astrologue vendéeenne-(que nous avons interviewé récemment pour teléprovidence) soutient ainsi que Pluton a pu correspondre à une certaine époque quand il est apparu en tant que planéte du systéme solaire et que son "régne" peut devoir se terminer 75 ans plus tard, environ, dès lors que les astronomes l'ont disqualifiée en tant que planéte comme cela avait été le cas au début du siècle dernier pour l'intra-mercurielle Vulcain (connu aussi sous le nom d"'objet Lescarbaut"), qui intéressa les astrologue des décennies durant, jusqu'à la seconde guere mondiale (voir les premiers Cahiers Astrologiques d'Alexandre Volguine, à la fin des années Trente)

En effet, ce n'est pas parce que les praticiens de l'astrologie ont su intégrer Pluton dans le thème de leurs patients que Pluton se retrouve indéracinable ad vitam aeternam!

La seule chose que les dits praticiens ont prouvé, c'est que l'on pouvait se servir de Pluton dans l'interprétation astrologique, non pas que l'on devait absolument le faire.

C'est ainsi qu' un Jean-Pierre Nicola, dans les années soixante (Nombres et formes du Cosmos) tenta de démontrer qu'il y avait nécessité théorique à l'existence de Pluton et la pratique n'a pas contesté la possibilité d'user de Pluton.

Maintenant, imaginons que pour diverses raisons théoriques, épistémologiques, scientifiques, le recours à Pluton ne soit plus considéré comme souhaitable, est-ce à dire que l'on ne pourrait faire machine arrière sous le prétexte que les praticiens s'en sont emparé et ont validé son "action", son "rôle", sa "fonction.? Nous pensons que ce serait là outrepasser tout à fait le cahier de charge des praticiens de l'astrologie et c'est précisément ce qui se passe.

Inversement, ce n'est évidemment pas parce que telle notion n'est pas utilisée par des praticiens qu'elle doit être abandonnée ou négligée : on pense notamment aux étoiles fixes, largement tombées en disgrâce. Est-ce aux praticiens de l'astrologie de statuer sur l'usage ou le non usage des fixes?

Il conviendrait que nos praticiens fussent plus modestes dans leurs affirmations tant positives que négatives en rappelant que le verdict négatif ne vaut que selon un scénario, un protocole bien précis et qu'un autre protocole pourrait tout à fait déboucher sur d'autres résultats. Le praticien dira que "ça " ne marche pas mais il ne faudrait pas jeter le bébé avec l'eau du bain: une autre formulation pourrait être plus concluante.

Autrement dit, le vrai débat en astrologie est théorique et le praticien n'est là que pour s'assurer d'une certaine viabilité du projet avec les moyens, limités, qui sont les siens. Car que dire de ses procédés de vérification? Ils sont souvent bien fantaisistes et dans le cadre d'un thème natal, comme le note Françoise Ruaud, on peut toujours rendre compte de tel résultat par divers moyens et donc sans recourir au dernier gadget mis sur le marché astrologique.

Certes, certains modéles se sont imposé dans la pratique : on pense à l'importance accordée à l'axe des noeuds dont tant de praticiens,de nos jours, ne sauraient plus se passer. Est-ce à dire qu'il est désormais impensable pour l'astrologie de songer à évacuer cette méthode "nodale"?

Comme dit le dicton: ce que Dieu a donné, Dieu peut le reprendre. Nous dirons que ce que tel théoricien de l'astrologie a pu élaborer, la théorie astrologique peut le "reprendre", au vu de nouvelles réflexions. C'est à l'armée ce que l'on appelle un contre-ordre et tout soldat sait de quoi il retourne et qu'il serait tout à fait inqualifiable de répondre à l'officier "mais vous aviez dit ceci ou cela!". Le théoricien a le droit de changer d'avis et de ne pas être prisonnier des bonnes dispositions de ses subalternes lesquels ne sauraient l'empêcher de progresser dans ses réflexions.

En revanche, si le praticien déclare que telle notion ne "marche" pas, il est du devoir du théoricien de "revoir" sa copie. Autrement dit, le refus du praticien pése beaucoup plus lourd que son agrément. Si je demande à un cuisinier si tel aliment peut etre préparé et consommé dans des conditions raisonnables, cela ne saurait m'interdire de décider ultérieurement que le dit aliment devra être abandonné et ce en dépit d'une certaine faisabilité. Et si le cuisinier se plaint de s'être fatigué "pour rien", eh bien tant pis!

En conclusion, nous dirons que rien de ce qui est pratiqué et appliqué en astrologie n'est acquis une fois pour toute. Un contre-ordre peut toujours arriver demandant au praticien de cesser, de mettre fins à certaines façons de faire ou de penser.

Si d'ailleurs, le praticien a un droit de veto par rapport au théoricien et non un quelconque droit d'acceptation définitive, de même le théoricien aura un droit de veto sur des modéles, aussi largement appliqués fussent-ils mais qui ne tiennent pas la route au regard d'une certaine exigence de cohérence. Nous dirons que le théoricien, là encore, a le droit de dire "non" mais pas de dire "oui", une fois pour toutes, ce qui aboutirait à valider définitivement telle ou telle pratique astrologique.

Nous proposerons donc un nouveau modus vivandi au sein de la "cité" astrologique, à savoir que chacun a un droit de veto mais non un droit de validation si ce n'est à titre temporaire. Et bien entendu, ce droit de veto au niveau théorique ne saurait être revendiqué que parmi les théoriciens de l'astrologie, c'est à dire ceux qui savent argumenter à ce niveau tout comme le droit de veto au niveau pratique ne peut être revendiqué que par des praticiens patentés, selon une certaine divison des pouvoirs.

Dès lors, c'est dans ce va et vient entre deux "vétos" - et l'on en a des exemples entre les deux chambres de nombre de parlements tant en France, en Angleterre qu'aux USA - que l'astrologie pourra avancer. Ce qui importe, c'est de dire "non" bien plus que "oui", le non permet de repenser un dossier, le oui conduit à l'enlisement.....

22. 02. 09

Jacques Halbronn
(Conseil Supérieur de l'Astrologie Française, CSAF)

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