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Une question récurrente pour laquelle nous souhaiterions
apporter des éléments de réflexions
concerne l'émergence de l'astrologie tant en tant
que phénoméne en soi qu'en tant que savoir sur
le dit phénoméne. Quels sont les critères
que l'on peut avancer pour distinguer entre ce que l'on découvre
et ce que l'on invente? Le débat se complique du fait
du temps écoulé qui tend à réduire
le distinguo entre découverte et invention. Il est clair
que l'on peut être amené à découvrir.....
une invention réalisée par d'autres en d'autres
temps....comme on dit "découvrir" l'oeuvre
de tel ou tel auteur sans vouloir, pour autant, laisser entendre
que cette oeuvre a toujours existé, de tout temps.
Il reste que l'on présentera ici certains critères
qui nous semblent déterminant dans le cadre d' un tel
débat en distinguant ce qui est de l'ordre de la nature
première - par opposition à une "seconde
nature" qui reléve déjà peu ou prou
de l'invention, du moins pour celui ou ceux qui l'a/ont généré-
et ce qui est de la "pure" invention. Dans un cas,
le phénoméne que l'on s'efforce de décrire
est d'un seul tenant, toutes ses composantes découlent
d'une logique, d'une cohérence internes alors que dans
l'autre cas, l'objet ainsi représenté offre des
aspects artificiels, qui sont toujours la marque d'un caractère
tardif, fatalement syncrétique, ce qui est premier étant
plus simple que ce qui vient en dernier et qui est manifesté
par une certaine complication à distinguer de la complexité.
Or, par quelque bout que l'on veuille aborder, appréhender
l'astrologie, l'impression de complication, d'absence d'évidence,
nous assaille pour peu que l'on ne se soit pas blindé
l'esprit contre toutes bizarreries possibles, que l'on ne se
soit pas décidé à ne jamais se dire surpris....
Prenons le cas du Zodiaque, véritable fanal de l'astrologie.
On nous dit qu'il est saisonnier mais l'on nous explique simultanément
que sa division en douze secteurs reléve du nombre de
rencontres de la lune et du soleil entre deux passages du dit
soleil sur un même point (sidéral) du ciel. Or,
ces deux paramétres sont a priori étrangers l'un
à l'autre et ne s'amalgament que par la volonté
humaine et non du fait de quelque transcendance universelle.
Rappelons que l'entrée du soleil dans un nouveau signe
ne coincidera qu'exceptionnellement avec sa conjonction avec
la lune et ne parlons pas de son rapport avec le début
de nos mois civils!
Même un Jean-Pierre Nicola n'est pas parvenu à
démontrer que ces deux plans s'articulaient "naturellement"
l'un dans l'autre.Il y a là solution de continuité.
Au fond, l'astrologie équivaudrait à un calendreir
soli-lunaire, solaire par les saisons, lunaire par ses 12 signes.
Que les hommes aient souhaité coordonner deux principes
se conçoit certes mais point la "Nature".
On basculerait ainsi de la découverte à l'invention....
Pareillement, la théorie des aspects peut difficilement
apparaitre comme relevant d'un ordre, d'un ordonancement primordiaux
car pourquoi s'intéresser à tel intervalle entre
deux facteurs plutôt qu'à tel autre? Tout n'est-il
pas -"naturellement"- en interconnection et en interférence?A
vrai dire, le thème natal ne s'ajuste que très
imparfaitement à la théorie des aspects et ce
sont les "orbes" qui permettent le '"lien"
un peu comme les années bissextiles ou embolistiques
(dans le calendrier juif) permettent de raccorder les plans
entre eux.... Contrairement à ce que l'on pourrait croire,
notre propos n'est nullement de dénigrer l'astrologie,
comme le ferait quelque anti-astrologue- mais bien d'amener
les astrologues à renoncer à toute explication
"naturaliste" de leur science. Le probléme,
c'est que beaucoup de ceux qui s'intéressent aux astres
- et cela vaut ici tant pour les astrologues que pour les astronomes
- n'ont pas un rapport aisé avec l'Humain, d'où
leur penchant pour ....le cosmos, quitte à y intégrer
humblement le dit Humain....Il semble au dessus des forces
de la grande majorité des astrologues de consentir à
admettre que l'astrologie puisse être une expression
majeure du génie créatif de l'Humanité.
Certes, on sera tous d'accord pour reconnaitre que l'Homme
exploite, se sert d'une matière, d'un matériau
préexistants si ce n'est qu'il les retravaillera, les
"dénaturera", les transmutera et il est suspect
de nier qu'il n'apporte pas ce faisant une importante valeur
ajoutée. L'astrologie est une astronomie considérablement
réaménagée, restructurée, bref
-selon notre formule-discontinuée, "humanisée"
car ajustée aux besoins de l'Homme, de par la raréfaction
qu'il introduit quant aux signaux astrologiquement pertinents
et qui ne sont qu'une infime proportion de l'infinité
des signes possibles si l'on appelle ici "signe"
une configuration entre deux facteurs différant par
leur espace-temps comme c'est le cas des luminaires.
Quelle est donc cette astrologie,c'est à dire cette
astronomie repensée, remodelée, qui aura servi
de référence et de loi à nos très
lointains ancêtres.? Que l'on puisse inventer de nos
jours, comme le rappelle Alain Kieser, dans son interview pour
teleprovidence- autant d'astrologies que l'on voudra est une
chose, qu'il soit urgent de déterminer laquelle parmi
toutes les astrologies possibles aura fini par s'imposer, par
l'emporer en est une autre. Et pour réfléchir
sereinement et sainement sur une telle problématique,
il va de soi qu'il faut se détacher du mirage des planétes
transsaturniennes étant donné que l'hypothèse
même de leur importance contredit radicalement toute
idée d'une astrologie inventée comme ils l'entendaient
par nos ancêtres. Cette façon très cavalière
qu'assument tant d'astrologues en laissant entendre que nos
prédecesseurs n'avaient pas les moyens pour oeuvrer
correctement, du fait de leur ignorance d'astres invisibles
à l'oeil nu, nous apparait comme un bien mauvais procés
intenté à l'astrologie traditionnelle.
Et là encore,bien des astrologues se retrouvent en
porte à faux, envahis comme dirait Sartre, par une "mauvaise
conscience" de ceux qui jouent sur plusieurs tableaux,
non sans quelque forme de duplicité. Nous engageons
les astrologues à renoncer à de telles chimères
qui tendent à vouloir résorber le différentiel
astrologie/astronomie tout en perpétuant un découpage
zodiacal qui n'est que de la méta-astronomie dont les
astronomes pourraient se délester du jour au lendemain
tout comme ils pourraient renommer les nouvelles planétes
en évitant toute référence mythologique.
Il serait heureux, en outre, que les astrologues prennent
quelque distance par rapport au 12, tant pour ce qui est des
signes que des maisons astrologiques. Nous avons, en effet,
la faiblesse de croire que la partie la plus assurée
de l'astrologie se situe plus dans le 2 et le 4 que dans le
3 ou le 12. On sait d'ailleurs que le débat est particulièrement
sensible pour la domification. C'est ainsi que le systéme
Placidus (XVIIe siècle) a été dénoncé
en raison de son caractère hybride. L'astrologue britannique
Charles Carter écrivait en 1947, dans ses Essays on
the foundation of Astrology
" : Why, if the horizon is the cusp of the Ist house,
should the other cusps be determined by an equal division of
the time taken by the Sun to pass from angle to angle?"
Et pourtant c'est ce systéme qui sert le plus souvent
à ériger les 12 maisons d'un thème....
Le passage du 4 au 12 conduit à changer de référentiel,
à invoquer un autre type de raisonnement. Pourquoi pas
mais dans ce cas que l'on ne vienne pas nous parler d'une astrologie
"naturelle"!
Le 12 ,nous apparait, en vérité, comme le
"mauvais démon" de l'Astrologie. C'est d'ailleurs
fréquemment du fait du 12 que tant de "penseurs"
de l'astrologie du XXe siècle se seront laissés
tenter par l'adoption en astrologie de nouvelles planétes,
attendant ainsi que l'on en arrive à 12 planétes...pour
12 signes, ce qui aurait apporté une légitimation
nouvelle au systéme duodénaire. NOus même,
il y a 35 ans, avions caressé une telle chimère,
sous l'influence d'un Jean Carteret - avec Proserpine et Vulcain.
Il reste qu'en ce début de XXIe siècle, on se
trouve dans un chantier inachevé avec Mercure et Vénus
conservant leurs deux domiciles à la différence
de Mars, Jupiter ou Saturne.... Il serait bon de tourner la
page de cette voie de garage quels que soient les confirmations
apportées par l'astro-pathologie/thérapie, activité
tout à fait respectable mais qui hypothèque,
plus encore que les excés prévisionnels - ou
en tout cas au moins autant- la mise en avant d'une astrologie
millénaire et qui n'a nullement vocation à se
raccorder à une néo-astronomie, si ce n'est au
risque d'un grave anachronisme et d'un incompréhension
délibérée de la réalité
anthropologique. L'astrologie n'a vraiment nul besoin pour
exister d'en revenir au temps des présages, antérieur
même à la mise en évidence de la dualité
planétes/étoiles fixes et qui consistait à
déchiffrer les "signes " envoyés, ici
et maintenant, par le Ciel ou par Dieu par le truchement du
dit Ciel. Cette forme d'astrologie de présage a toujours
été mieux tolérée par l'Eglise
que l'astrologie fondée sur une cyclicité immuable.
Et de fait, beaucoup d'astronomes ont une certain fibre poétique,
voire mystique et il ne leur déplait pas de jouer parfois
aux oracles ne serait-ce qu'en se prétant, avec une
certaine complaisance, au petit jeu - pas si insignifiant que
ça! --consistant à chercher dans le vivier des
mythologies du monde - le nom assigné au dernier astre
apparu. Quelle complicité somme toute entre un astronome
qui va introduire 'Chiron" et un astrologue qui en fera
ses choux gras -(voir sur teleprovidence, une séance
du Colloque de mars 2005 ainsi prochainement que la commission
"Astronomie" du Colloque de novembre 2004)!
Revenons une dernière fois sur le Zodiaque en tant
que subdivision en 12 de l'écliptique, boulevard, route,
empruntés par les luminaires et plus largement par les
planétes et qui traverse la jungle stellaire. Autant
l'on peut concevoir un aspect entre une planéte et une
étoile - ou en tout cas un alignement dans le cas de
la conjonction et de l'opposition (syzygie), autant le passage
d'une planéte dans un signe - ou dans une constellation
-fait probléme en ce que l'on connecte ainsi un point,
un degré avec un secteur, un espace, à moins
de ne s'intéresser qu'à la seule entrée
de la planéte dans un signe mais on a vu qu'en tout
état de cause, si l'on peut à la rigueur admettre
un découpage en 4,(équinoxes:solstices, horizon-méridien)
il est beaucoup plus hasardeux de passer à une sectorisation
en 12 qui ne correspond à aucune réalité
céleste perceptible.
Et pourtant, sont légions parmi les astrologues ceux
qui mettraient leur main au feu pour défendre la validité
des 12 signes comme constituant la "base" même
du symbolisme astrologique. Pourquoi pas, en vérité,
mais évidemment à condition d'admettre que l'astrologie
est une construction du génie humain et non pas le dévoilement
d'une vérité qui le dépasse ou qui ne
lui appartient pas exclusivement. Rendons à César
ce qui est à César!. Cela dit, de nos jours,
il s'agit bien de découvrir l'astrologie inventée
par nos ancêtres tout en sachant qu'en ce qui les concerne,
il leur a incombé de légiférer et de fixer
des significations qui étaient importantes pour eux
mais qu'ils articulèrent sur des marqueurs de temps
de leur choix dont ils ne respectèrent même pas
la cyclicité puisqu'ils furent conduits à la
segmenter, découpant ainsi un temps de 30 ans en quatre
temps de 7 ans. Il importe que nous nous replacions dans le
contexte de cette époque fondatrice, en respectant aussi
bien leurs vrais besoins que leurs vrais savoirs qui n'étaient
d'ailleurs pas très différents de ceux de nos
faisseurs modernes de constitutions et de républiques.
14 - 1- 2009
Jacques Halbronn (Conseil
Supérieur de l'Astrologie Française, CSAF)

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