ASTERCENTER - articoli internazionali

L'astrologie, découverte ou création?
par Jacques Halbronn

Une question récurrente pour laquelle nous souhaiterions apporter des éléments de réflexions

concerne l'émergence de l'astrologie tant en tant que phénoméne en soi qu'en tant que savoir sur le dit phénoméne. Quels sont les critères que l'on peut avancer pour distinguer entre ce que l'on découvre et ce que l'on invente? Le débat se complique du fait du temps écoulé qui tend à réduire le distinguo entre découverte et invention. Il est clair que l'on peut être amené à découvrir..... une invention réalisée par d'autres en d'autres temps....comme on dit "découvrir" l'oeuvre de tel ou tel auteur sans vouloir, pour autant, laisser entendre que cette oeuvre a toujours existé, de tout temps.

Il reste que l'on présentera ici certains critères qui nous semblent déterminant dans le cadre d' un tel débat en distinguant ce qui est de l'ordre de la nature première - par opposition à une "seconde nature" qui reléve déjà peu ou prou de l'invention, du moins pour celui ou ceux qui l'a/ont généré- et ce qui est de la "pure" invention. Dans un cas, le phénoméne que l'on s'efforce de décrire est d'un seul tenant, toutes ses composantes découlent d'une logique, d'une cohérence internes alors que dans l'autre cas, l'objet ainsi représenté offre des aspects artificiels, qui sont toujours la marque d'un caractère tardif, fatalement syncrétique, ce qui est premier étant plus simple que ce qui vient en dernier et qui est manifesté par une certaine complication à distinguer de la complexité.

Or, par quelque bout que l'on veuille aborder, appréhender l'astrologie, l'impression de complication, d'absence d'évidence, nous assaille pour peu que l'on ne se soit pas blindé l'esprit contre toutes bizarreries possibles, que l'on ne se soit pas décidé à ne jamais se dire surpris....

Prenons le cas du Zodiaque, véritable fanal de l'astrologie. On nous dit qu'il est saisonnier mais l'on nous explique simultanément que sa division en douze secteurs reléve du nombre de rencontres de la lune et du soleil entre deux passages du dit soleil sur un même point (sidéral) du ciel. Or, ces deux paramétres sont a priori étrangers l'un à l'autre et ne s'amalgament que par la volonté humaine et non du fait de quelque transcendance universelle. Rappelons que l'entrée du soleil dans un nouveau signe ne coincidera qu'exceptionnellement avec sa conjonction avec la lune et ne parlons pas de son rapport avec le début de nos mois civils!

Même un Jean-Pierre Nicola n'est pas parvenu à démontrer que ces deux plans s'articulaient "naturellement" l'un dans l'autre.Il y a là solution de continuité. Au fond, l'astrologie équivaudrait à un calendreir soli-lunaire, solaire par les saisons, lunaire par ses 12 signes. Que les hommes aient souhaité coordonner deux principes se conçoit certes mais point la "Nature". On basculerait ainsi de la découverte à l'invention....

Pareillement, la théorie des aspects peut difficilement apparaitre comme relevant d'un ordre, d'un ordonancement primordiaux car pourquoi s'intéresser à tel intervalle entre deux facteurs plutôt qu'à tel autre? Tout n'est-il pas -"naturellement"- en interconnection et en interférence?A vrai dire, le thème natal ne s'ajuste que très imparfaitement à la théorie des aspects et ce sont les "orbes" qui permettent le '"lien" un peu comme les années bissextiles ou embolistiques (dans le calendrier juif) permettent de raccorder les plans entre eux.... Contrairement à ce que l'on pourrait croire, notre propos n'est nullement de dénigrer l'astrologie, comme le ferait quelque anti-astrologue- mais bien d'amener les astrologues à renoncer à toute explication "naturaliste" de leur science. Le probléme, c'est que beaucoup de ceux qui s'intéressent aux astres - et cela vaut ici tant pour les astrologues que pour les astronomes - n'ont pas un rapport aisé avec l'Humain, d'où leur penchant pour ....le cosmos, quitte à y intégrer humblement le dit Humain....Il semble au dessus des forces de la grande majorité des astrologues de consentir à admettre que l'astrologie puisse être une expression majeure du génie créatif de l'Humanité.

Certes, on sera tous d'accord pour reconnaitre que l'Homme exploite, se sert d'une matière, d'un matériau préexistants si ce n'est qu'il les retravaillera, les "dénaturera", les transmutera et il est suspect de nier qu'il n'apporte pas ce faisant une importante valeur ajoutée. L'astrologie est une astronomie considérablement réaménagée, restructurée, bref -selon notre formule-discontinuée, "humanisée" car ajustée aux besoins de l'Homme, de par la raréfaction qu'il introduit quant aux signaux astrologiquement pertinents et qui ne sont qu'une infime proportion de l'infinité des signes possibles si l'on appelle ici "signe" une configuration entre deux facteurs différant par leur espace-temps comme c'est le cas des luminaires.

Quelle est donc cette astrologie,c'est à dire cette astronomie repensée, remodelée, qui aura servi de référence et de loi à nos très lointains ancêtres.? Que l'on puisse inventer de nos jours, comme le rappelle Alain Kieser, dans son interview pour teleprovidence- autant d'astrologies que l'on voudra est une chose, qu'il soit urgent de déterminer laquelle parmi toutes les astrologies possibles aura fini par s'imposer, par l'emporer en est une autre. Et pour réfléchir sereinement et sainement sur une telle problématique, il va de soi qu'il faut se détacher du mirage des planétes transsaturniennes étant donné que l'hypothèse même de leur importance contredit radicalement toute idée d'une astrologie inventée comme ils l'entendaient par nos ancêtres. Cette façon très cavalière qu'assument tant d'astrologues en laissant entendre que nos prédecesseurs n'avaient pas les moyens pour oeuvrer correctement, du fait de leur ignorance d'astres invisibles à l'oeil nu, nous apparait comme un bien mauvais procés intenté à l'astrologie traditionnelle.

Et là encore,bien des astrologues se retrouvent en porte à faux, envahis comme dirait Sartre, par une "mauvaise conscience" de ceux qui jouent sur plusieurs tableaux, non sans quelque forme de duplicité. Nous engageons les astrologues à renoncer à de telles chimères qui tendent à vouloir résorber le différentiel astrologie/astronomie tout en perpétuant un découpage zodiacal qui n'est que de la méta-astronomie dont les astronomes pourraient se délester du jour au lendemain tout comme ils pourraient renommer les nouvelles planétes en évitant toute référence mythologique.

Il serait heureux, en outre, que les astrologues prennent quelque distance par rapport au 12, tant pour ce qui est des signes que des maisons astrologiques. Nous avons, en effet, la faiblesse de croire que la partie la plus assurée de l'astrologie se situe plus dans le 2 et le 4 que dans le 3 ou le 12. On sait d'ailleurs que le débat est particulièrement sensible pour la domification. C'est ainsi que le systéme Placidus (XVIIe siècle) a été dénoncé en raison de son caractère hybride. L'astrologue britannique Charles Carter écrivait en 1947, dans ses Essays on the foundation of Astrology

" : Why, if the horizon is the cusp of the Ist house, should the other cusps be determined by an equal division of the time taken by the Sun to pass from angle to angle?" Et pourtant c'est ce systéme qui sert le plus souvent à ériger les 12 maisons d'un thème.... Le passage du 4 au 12 conduit à changer de référentiel, à invoquer un autre type de raisonnement. Pourquoi pas mais dans ce cas que l'on ne vienne pas nous parler d'une astrologie "naturelle"!

Le 12 ,nous apparait, en vérité, comme le "mauvais démon" de l'Astrologie. C'est d'ailleurs fréquemment du fait du 12 que tant de "penseurs" de l'astrologie du XXe siècle se seront laissés tenter par l'adoption en astrologie de nouvelles planétes, attendant ainsi que l'on en arrive à 12 planétes...pour 12 signes, ce qui aurait apporté une légitimation nouvelle au systéme duodénaire. NOus même, il y a 35 ans, avions caressé une telle chimère, sous l'influence d'un Jean Carteret - avec Proserpine et Vulcain. Il reste qu'en ce début de XXIe siècle, on se trouve dans un chantier inachevé avec Mercure et Vénus conservant leurs deux domiciles à la différence de Mars, Jupiter ou Saturne.... Il serait bon de tourner la page de cette voie de garage quels que soient les confirmations apportées par l'astro-pathologie/thérapie, activité tout à fait respectable mais qui hypothèque, plus encore que les excés prévisionnels - ou en tout cas au moins autant- la mise en avant d'une astrologie millénaire et qui n'a nullement vocation à se raccorder à une néo-astronomie, si ce n'est au risque d'un grave anachronisme et d'un incompréhension délibérée de la réalité anthropologique. L'astrologie n'a vraiment nul besoin pour exister d'en revenir au temps des présages, antérieur même à la mise en évidence de la dualité planétes/étoiles fixes et qui consistait à déchiffrer les "signes " envoyés, ici et maintenant, par le Ciel ou par Dieu par le truchement du dit Ciel. Cette forme d'astrologie de présage a toujours été mieux tolérée par l'Eglise que l'astrologie fondée sur une cyclicité immuable. Et de fait, beaucoup d'astronomes ont une certain fibre poétique, voire mystique et il ne leur déplait pas de jouer parfois aux oracles ne serait-ce qu'en se prétant, avec une certaine complaisance, au petit jeu - pas si insignifiant que ça! --consistant à chercher dans le vivier des mythologies du monde - le nom assigné au dernier astre apparu. Quelle complicité somme toute entre un astronome qui va introduire 'Chiron" et un astrologue qui en fera ses choux gras -(voir sur teleprovidence, une séance du Colloque de mars 2005 ainsi prochainement que la commission "Astronomie" du Colloque de novembre 2004)!

Revenons une dernière fois sur le Zodiaque en tant que subdivision en 12 de l'écliptique, boulevard, route, empruntés par les luminaires et plus largement par les planétes et qui traverse la jungle stellaire. Autant l'on peut concevoir un aspect entre une planéte et une étoile - ou en tout cas un alignement dans le cas de la conjonction et de l'opposition (syzygie), autant le passage d'une planéte dans un signe - ou dans une constellation -fait probléme en ce que l'on connecte ainsi un point, un degré avec un secteur, un espace, à moins de ne s'intéresser qu'à la seule entrée de la planéte dans un signe mais on a vu qu'en tout état de cause, si l'on peut à la rigueur admettre un découpage en 4,(équinoxes:solstices, horizon-méridien) il est beaucoup plus hasardeux de passer à une sectorisation en 12 qui ne correspond à aucune réalité céleste perceptible.

Et pourtant, sont légions parmi les astrologues ceux qui mettraient leur main au feu pour défendre la validité des 12 signes comme constituant la "base" même du symbolisme astrologique. Pourquoi pas, en vérité, mais évidemment à condition d'admettre que l'astrologie est une construction du génie humain et non pas le dévoilement d'une vérité qui le dépasse ou qui ne lui appartient pas exclusivement. Rendons à César ce qui est à César!. Cela dit, de nos jours, il s'agit bien de découvrir l'astrologie inventée par nos ancêtres tout en sachant qu'en ce qui les concerne, il leur a incombé de légiférer et de fixer des significations qui étaient importantes pour eux mais qu'ils articulèrent sur des marqueurs de temps de leur choix dont ils ne respectèrent même pas la cyclicité puisqu'ils furent conduits à la segmenter, découpant ainsi un temps de 30 ans en quatre temps de 7 ans. Il importe que nous nous replacions dans le contexte de cette époque fondatrice, en respectant aussi bien leurs vrais besoins que leurs vrais savoirs qui n'étaient d'ailleurs pas très différents de ceux de nos faisseurs modernes de constitutions et de républiques.

14 - 1- 2009

Jacques Halbronn
(Conseil Supérieur de l'Astrologie Française, CSAF)

« Indietro

HOME

Avanti »

Indice articoli internazionali