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Mauvaises définitions et bonnes prévisions en Astrologie
par Jacques Halbronn

Nous voudrions sensibiliser la communauté astrologique à ce paradoxe qui nous apparait comme un cercle vicieux redoutable.

Il est clair, en effet, que plus les définitions des signes, des planétes sont floues et souvent contradictoires et plus elles sont vouées à être passe partout, puisque l'on dit une chose et son contraire.

Un des exemples les plus remarquables date des années Cinquante, du siècle dernier, quand André Barbault a proposé qu'il y ait deux types "Vierge": la "sage" et la "folle", dont on nous dit qu'elles peuvent alterner en référence au stade anal freudien. Certes, l'idée d'alternance est respectable, d'un point de vue astrologique mais de là à proposer des définitions aussi élastiques, il y a peut être quelque risque d'entrainer l'astrologie dans une impasse et dans une totale absence de contrôle et de transparence.

Or, le cas de la Vierge n'est pas isolé. Prenons le signe du Verseau dont les attributs donnent le tournis: signe hivernal, lié à la maison XI des amis mais "uranien", c'est à dire très individualiste, enclin aux changements brusques.... Qui ne se retrouverait dans une facette de ce signe? En vérité, l'attribution d'Uranus au signe du Verseau est des plus contestables du moins avec la définition qui a fini par s'imposer de la planéte Uranus (d'abord appelée Georgium Sidus, du nom du roi anglais alors régnant (Georges III) ou Herschel, du nom de son découvreur, en 1781).

Cette attribution d'Uranus au signe du Verseau est évidemment très tardive et date du cours du XIXe siècle. En 1832, l'astrologue anglais, répondant au pseudonyme angélique de Raphaël, déclarait à propos de la planéte "Herschel"(A manual of Astrology or the Book of the stars, Londres, pp; 70-72, exemplaire conservé à la Bibliothèque du Warburg Institute) qu'il n'y avait pas encore de domicile pour le nouvel astre mais que l'on avait des "raisons" ,liées à des "milliers d'observations" de lui attribuer le signe d'AquariusEn réalité, il s'agit surtout d'un raisonnement, à savoir qu'Uranus venant après Saturne, il pouvait sembler logique de le placer à la suite de la série allant de Mercure à Saturne (voir Tétrabible de Ptolémée, IIe siècle de notre ère), ce qui, ensuite, conduira à associer Neptune aux Poissons, signe faisant suite au Verseau tout comme Neptune se plaçait au delà d'Uranus.

Tout cela n'aurait pas été trop grave si par dessus le marché, l'on n'avait pas attribué, dans la foulée, une signification très particulière à Uranus, sous l'influence des événements de l'époque.(sur ce sujet voir notre Vie astrologique il y a cent ans,( Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1992). Etrangement, les Anglais furent inspirés de ce qui se passait en France avec la Révolution Française mais plus encore avec Napoléon alors même qu'en France, les astrologues ne se soucièrent guère d'Uranus avant la fin du XIXe siècle....Inversement, rappelons qu'au XVIIe siècle, ce furent les évenements anglais - avec notamment l'exécution de Charles Ier en 1649- qui firent le succés des Centuries de Nostradamus en France....

Or, faire du verseau un signe uranien, au sens de quelqu'un remettant en cause l'ordre établi est aussi eronné que de faire du bélier un signe martien. C'est dire que les contresens ne datent pas d'hier et dans chaque cas cela tient à la théorie des domiciles qui ne respecte pas, en particulier, le clivage entre "bonne" et "mauvaises" saisons, celles où le soleil trône, s'exalte ou, au contraire, est en exil ou en chute, alors que Saturne se situe, chaque fois, à son opposé. Et que dire de ce signe de la balance qui combine le domicile de Vénus et l'exaltation....de Saturne. C'est vraiment n'importe quoi! Et, comme on dit, aujourd'hui, au niveau des finances, quand on ne comprend pas, on ne prend pas....même si l'on nous promet monts et merveilles!

Le propre d'une communauté, c'est d'être capable de se réguler, c'est à dire de corriger ses erreurs et en tout cas d'en être consciente. Quand en français, on fait un lapsus,on rectifie.Imaginons une société où les gens sont tellement perturbés qu'ils ne sachent plus redresser ce qui a été (dis)tordu. On a le même phénoméne, d'ailleurs, dans les études nostradamiques, où des coquilles dans les quatrains se sont institutionnalisées tout simplement parce que l'on avait renoncé à rechercher une cohérence au niveau des signifiants, se contentant de déterminer le signifié.. De même en astrologie, la cohérence s'est deplacée du texte de base vers le commentaire, qui cherche à sauver la mise (voir nos entretiens avec divers astrologues sur teleprovidence au sujet de certaines étrangetés du savoir astrologique). Nous invitons donc les astrologues à reconnaitre que des erreurs se sont glissées dans la transmission ou dans l'intégration de nouvelles données, en contradiction avec les grands équilibres saisonniers.

Le monde que nous appelons "plutonien", - sans rapport avec la planéte- est celui de l'Automne et de l'Hiver (voir nos études sur grande conjonction), il implique l'acceptation de contraines sociales beaucoup plus lourdes que le monde "proserpinien" (Printemps, Hiver).Par conséquent, Uranus correspondrait bien plutôt au printemps libérateur alors que Mars qui est le moyen pâr excellence de contrainte et de répression appartient à ce monde du Big Brother, où l'on est surveillé et rationné.(voir la cigale et la fourmi, de La Fontaine)

Mais de telles erreurs ne vont-elles pas être palpables au niveau de la pratique astrologique? Hélas, non! Car, de mauvaises définitions deviennent infalsifiables, puisque, comme on l'a dit plus haut, elles sont hétérogénes. L'hétérogénéité est l'obstacle épistémologique majeur de l'astrologie: non seulement au niveau de définitions à géométrie variable mais aussi parce que nombreuses sont les personnes quiont effectivement une personnalité et un vécu hétérogénes, constitués de strates successives et superposées, en raison notamment de comportements mimétiques, d'appropriation des valeurs de l'autre.

Que cette complexité corresponde à une certaine réalité est une chose, que les archétypes astrologiques soient confus n'est pas admissible, la carte n'étant pas le territoire. On peut combiner les notions mais ces notions doivent être bien circonscrites, sinon chaque notion épuise l'ensemble des autres notions, qu'elle annexe en quelque sorte.

On ne peut donc pas en même temps dire que le bélier est un signe de printemps, tout comme le taureau et les gémeaux et lui conférer une tonalité martienne qui correspond à l'usage public de la force, au service de la Justice et de l'Etat jupitériens, la planéte qui jouxte Mars dans le camp des planétes dites extérieures et indépendantes de la position du soleil, à la différence de Mercure et de Vénus (dont l'élongation est limitée). On ne peut pas davantage présenter le verseau comme le signe par excellence d'Uranus, alors que ce signe est celui de la socialisation (maison XI et iconographie du mois de février dans les très Riches Heures du Duc de Berry) pas plus que l'on ne peut en faire un signe d'air alors que son nom latin est Aquarius et que le feu est omniprésent dans les scénes d'hiver. C'est en fait tout le réseau de correspondances Eléments, Planétes qui est à réviser!

Et l'argument de la pratique nous semble bel et bien caduc dès lors que de mauvaises définitions sont infalsifiables, c'est à dire qu'elles ne sont ni pleinement vraies ni pleinement fausses. La tendance existe chez certains à ne retenir que ce qui '"colle" et en conclure que ce qui ne "colle' pas correspond à des aspects méconnus de la personnalité. Et le tour est joué! Quand on nous dit que quelqu'un s'est reconnu dans l'interprétation d'un thème -(on pense aux travaux de la regrettée Suzel Fuzeau-Braesch), encore faudrait-il s'assurer que le texte de référence n'est pas un amalgame de traits contradictoires où chacun puise ce qui correspond à son objet d'étude.Rien de très concluant dans ce genre de "preuves"!

Revenons en aux fondamentaux, c'est à dire à une psycho-sociologie saisonnière et commençons déjà par nous assurer que l'on peut diviser globalement l'Humanité en deux groupes avant de passe à des subdivisions plus fines comme la division en 12. Car,en vérité, toute la question est de se retirer du découpage en 12 secteurs pour s'assurer de la viabilité du découpage en deux grands plans séparés par la ligne équinoxiale. Si l'on nous objecte que l'on ne peut remonter si haut, vu que les gens sont plus complexes que cela, nous répondrons que c'est alors la porte ouverte à toutes les surenchères et à l'impossibilité de toute classification, de toute statistique et donc de toute mise en place initiale du savoir astrologique. Car comment l'astrologie aura-t-elle pu se constituer, elle qui précisément prétend être parvenue à identifier ses diverses composantes, si le génie humain n'avait pas été capable de remonter du particulier vers le général, ce qui est d'ailleurs le propre de toute démarche cognitive?

C'est trahir les valeurs de l'astrologie que de lui nier une faculté à établir un systéme conceptuel simple et cohérent et une prévision marquée avant tout par la récurrence. C'est ce que l'humanité attend de l'astrologie et non pas qu'elle cherche à "coller" avec l'apparence, la surface des choses. Trahison des clercs qui annoncent à un public qui sent confusément que l'astrologie lui permet de remonter vers les grands principes, donc de rassembler ce qui se ressemble, que l'astrologie, tout au contraire, a vocation à hyper-différencier, ce qui reléve de la divination. On a là un beau cheval de Troie! Les astrologues modernes seraien-ils les "marchands du Temple" dont parlent les Evangiles? Et comme disait André Breton: l'astrologie est une grande dame, dommage qu'à sa place trône une prostituée (propos rapportés par André Barbault dans le bulletin du CIA, 'Astrologie Moderne", dans les années Cinquante)

Plus les défintions des concepts péchent et plus la tentation est grande est de les combiner. Or,l'on s'aperçoit qu'en réformant les descriptions catégorielles, le besoin de les intriquer ne se fait plus sentir. Les gens, au fond, ne se perçoivent comme complexes que parce qu'on leur propose des outils inadéquats, à la façon de Procuste plaçant ses victimes dans des lits disproportionnés de façon à les écarteler ou à les mutiler.

En ce début de nouvelle année, il serait heureux de prendre de bonnes résolutions......

Jacques Halbronn
(Conseil Supérieur de l'Astrologie Française, CSAF)

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