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Et si l’astrologie était née
d’un gigantesque malentendu qu’on pourrait aussi assimiler
à un vivant paradoxe ? Cela pourrait expliquer la persistance
archaïque de l’astromancie dont elle serait alors l’enfant
involontaire et inattendu, si l’on considère que l’enfant
en question, en refusant de renier sa mère qui ne l’a
jamais reconnu vu qu’elle n’a jamais imaginé qu’une
telle créature ait pu naître de son ventre fertile
? Dans cette hypothèse, l’astromancie aurait accouché
de l’astrologie, improbable bébé qu’elle n’imaginait
ni n’attendait et qui, au fond, ne lui ressemble pas beaucoup,
si ce n’est une commune référence et révérence
aux astres.
L’astromancie se serait-elle fait faire
un bébé dans le dos ? Cela expliquerait-il que
l’astrologie a "bon dos", autrement dit que ses prétentions
prédictives seraient indûment alléguées
comme justifications ou excuses par ceux qui fuiraient leurs
responsabilités épistémologiques (qu’ils
soient astrologues ou anti-astrologues) en refusant de couper
un cordon ombilical à la fois authentique et source
de ce gigantesque malentendu paradoxal ? A-t-on le droit de
renier sa mère au prétexte qu’on se sent très
peu d’atomes crochus avec elle, tout en reconnaissant néanmoins
l’essentiel lien de filiation qui nous unit à elle ?
En d’autres termes, l’astrologie peut-elle renier sa mère
l’astromancie tout en assumant quand même sa parenté
et son héritage ? La réponse est oui. Sous certaines
conditions.
L’Homme préhistorique et
le Ciel
C’est une vieille histoire, aussi vieille que l’humanité.
On ne peut donc que tenter d’imaginer des scenarii permettant
d’expliquer a posteriori, en fonction de nos connaissances
actuelles, ce qui s’est passé dans une très lointaine
antiquité.
Les premiers hommes n’avaient pas de bouquins de science,
de télescopes, d’Internet ni de magasins où acheter
tout ça. Ils vivaient en symbiose avec leur milieu naturel
où il leur fallait survivre dans des conditions rudes
et précaires. Et pour assurer cette survie, ils ne disposaient
que d’une solution : être à l’écoute des
signaux émis par la nature, ressentir, observer et capter
les forces visibles et invisibles qui la parcourent pour essayer
de prévoir ce que cette immensité mystérieuse
leur préparait.
La nature, c’était avant tout la Terre et le Ciel
- et ça l’est toujours pour nous aujourd’hui. La Terre
: un monde chaotique, dangereux et imprévisible. Le
Ciel : un monde ordonné, tranquille (sauf quand le Dieu
de l’Orage faisait des siennes) et prévisible, où
étoiles et planètes reviennent régulièrement
à la même place, permettant à ces nomades
de se guider dans leurs déplacements.
Dans l’animisme primitif, les forces invisibles mais agissantes
de la nature ont été assimilées à
des dieux dont il fallait se concilier les bonnes grâces
et tenter de prévoir les réactions grâce
à toutes sortes de méthodes rationnelles ou irrationnelles
permettant d’essayer de savoir de quoi demain serait fait en
cherchant des présages dans le grand livre ouvert et
sans mots de la nature.
Parmi ces forces naturelles déifiées, il en
est de visibles (le dieu du Tonnerre, le dieu des Mammouths,
le dieu de l’Eau, etc.) et d’invisibles… et parmi elles les
forces astrales. On ne saura jamais les premiers noms que celles-ci
ont reçu, qui devaient infiniment varier selon les tribus.
Par contre, ce qu’on sait avec certitude, c’est que les ethnies
les plus primitives, donc animistes, peuplant encore notre
Terre aujourd’hui (pour combien de temps encore ?) se caractérisent
par une très grande intuition des forces de la nature,
par un incroyable instinct que nous autres "civilisés"
avons pour la plupart d’entre nous en grande partie perdu.
On peut donc penser que nos lointains ancêtres avaient
cette très grande intuition et ce profond instinct des
réalités visibles et invisibles du Ciel et de
la Terre. Les millénaires ont passé, ces savoirs
se sont transmis de génération en génération
par l’intermédiaire des shamanes tandis que se sophistiquait
l’aptitude au langage parlé et l’observation et la connaissance
du ciel et de ses présages. Petit à petit, siècle
après siècle, millénaire après
millénaire, parmi la multitude de dieux animistes qui
représentaient les forces de la nature, certains ont
émergé du lot parce qu’ils étaient des
lieux de convergence des principales forces. C’est probablement
ainsi que sont apparus dans l’imaginaire humain les premières
déités de religions organisées. Des déités
habitant presque toutes dans le Ciel apparemment immuable et
ordonné, et dont nos ancêtres pensaient qu’étoiles
et planètes étaient les messagers.
L’astromancie originelle
Puis vient le temps où apparut en Mésopotamie,
il y a environ 5000 ans, la plus vieille religion connue du
monde. Ses principaux dieux portaient les noms des astres visibles
du système solaire, qui étaient leurs représentants
dans le Ciel : Shamash (le Soleil), Shin (la Lune), Nabu (Mercure),
Ishtar (Vénus), Nergal (Mars), Marduk (Jupiter) et Ninib
(Saturne). Dans la pensée mythique des prêtres-astronomes-astrologues
babyloniens, "le médium était le message"
(McLuhan) : en d’autres termes, les planètes exprimaient
la volonté des dieux (des forces de la nature) qui portaient
le même nom, et en même temps elles étaient
ces dieux… une chose difficile à comprendre pour la
pensée cartésienne différenciatrice et
binaire.
Pour comprendre et prévoir la volonté des
dieux, les mésopotamiens ont conjointement inventé
- ou plutôt découvert - l’astronomie et l’astromancie.
Pendant des millénaires, l’astrologie-astromancie fut
avant tout au service du pouvoir temporel et religieux (les
deux étant alors indissociables) et "éminemment
politique : elle annonce victoires ou défaites, prospérité
ou famine, désordres civils ou stabilité du trône.
Les astres et les planètes sont porteurs de messages
divins concernant la collectivité" (Pierre Villard).
Cela ne fait aucun doute : du début de l’étude
systématique et rationnelle du Ciel par l’Homme vers
-2300 ans avant J.C., si l’on se réfère au premier
document astrologico-astronomique connu jusqu’à l’apparition,
vers -420 av. J.C., du premier thème individuel natal
connu (et de son interprétation), tous deux retrouvés
en Chaldée, on ne trouve pas de traces de l’astrologie
"psychologique" telle que nous l’entendons aujourd’hui.
Ce qui a régné pendant près de 2000 ans,
c’est une astromancie collective basée sur des recherches
astronomiques qui la fondaient. Nos ancêtres astromanciens
de cette longue période ne s’intéressaient pas
du tout à l’horoscope "miroir du sujet", vu
que l’horoscope individuel n’existait pas, en accord avec l’absence
concomitante de la notion d’individualité.
Et en passant, n’oublions pas que cette astromancie primitive
était pratiquée en association avec d’autres
techniques divinatoires irrationnelles telles que les haruspices
(lecture du futur dans les entrailles d’animaux éventrés).
Non, décidément, l’astrologie n’existait pas
en ces temps reculés. Elle n’a commencé à
voir le jour que vers - 500 av. JC., lorsque le zodiaque a
été divisé par les Chaldéens en
douze parties égales appelés “Signes”, et surtout
entre - 420 et - 300 av. J.C., lorsque l’astrologie chaldéenne
naissante, encore largement empreinte d’astromancie, a fait
son apparition en Grèce, les Chaldéens amenant
aux Grecs leurs vastes connaissances en astronomie et en astrologie,
et les Grecs apportant à l’astrologie chaldéenne
leurs théories physiciennes, leur philosophie et leur
logique rationnelle, laquelle a probablement joué un
rôle majeur dans la différenciation entre astromancie
et astrologie.
De l’astromancie à l’astrologie
Imaginez le scénario : l’observation des mouvements
des astres était initialement vouée à
la prédiction d’événements collectifs
et de catastrophes naturelles, et ces prédictions étaient
la plupart du temps infirmées par les faits, ce qui
n’a pas empêché pour autant le maintien et le
développement de l’astromancie, puis de l’astrologie.
C’est stupéfiant… mais pas plus stupéfiant, au
fond, que le maintien et le développement de la physique
ou de la médecine, par exemple, elles aussi basées
sur des conceptions erronées du réel et d’une
efficacité plus que douteuse. Ce qui ne les a pas empêchées
de progresser en se remettant radicalement en question, ce
qui n’a pas été le cas de l’astrologie, restée
prisonnière de sa magique matrice astromancienne selon
laquelle tout ce qui se produisait dans le monde sublunaire
était implacablement déterminé par les
astres.
Dans la phase de transition entre astromancie et astrologie
(c’est-à-dire la période pendant laquelle est
né l’horoscope individuel avec son corollaire, la possibilité
d’une astrologie "psychologique" relativement autonome
par rapport à l’astrologie purement prédictive),
les deux - astromancie et astrologie - sont restées
intimement mêlées, à l’instar d’un bébé
dont le cordon ombilical le reliant à sa mère
n’aurait pas été coupé, inaugurant son
existence autonome. Puis, au fil des siècles, sans que
ce cordon soit rompu, l’astrologie a commencé à
prendre une relative autonomie par rapport à l’astromancie,
grâce aux réflexions pré-conditionalistes
de quelques grands astrologues-astronomes tels que Ptolémée,
Cardan ou Kepler qui ont admis et/ou théorisé
le fait que les influences astrales n’étaient que relatives
et ne s’exerçaient par conséquent qu’à
l’intérieur de déterminismes terrestres plurifactoriels
(hérédité, sexe, éducation, etc.).
La distinction entre prévision (évaluation d’une
échéance possible dont l’astrologie n’est qu’un
des déterminants) et prédiction (affirmation
d’une échéance certaine dont l’astrologie est
la seule cause) devenait alors possible.
Cette phase de transition n’est malheureusement pas terminée,
tant chez les astrologues que chez les anti-astrologues, et
encore moins pour le grand public consommateur d’horoscopes.
Les houleux débats qui viennent d’agiter la FDAF (dont
je ne fais pas partie) en témoignent. De trop nombreux
astrologues continuent, sous des masques variés et avec
des motivations multiples, à fonctionner comme des astromanciens
d’il y a 40 siècles. Une minorité éclairée
(conduite par les conditionalistes) a coupé le cordon
ombilical sans renier sa maman astromancienne qui avait des
circonstances atténuantes, certes, mais insuffisantes
pour qu’on la laisse persévérer dans une astrolâtrie
prédictionniste que les échecs répétitifs
et quasi-systématiques ont condamnée pour tout
être doté de raison et de sens de l’observation,
qu’il soit astrologue ou non.
Prévoir ou prédire,
il faut choisir
L’enfance ne meurt jamais en nous. Même adultes, nous
restons l’enfant que nous avons été, que nous
le voulions ou non. Mais nous ne sommes pas obligés
de continuer à nous comporter comme des enfants lorsque
nous sommes devenus adultes. L’astromancie, c’est l’enfance
de l’astrologie. Elle persiste en nous sous la forme de croyances
irrationnelles selon lesquelles tout serait écrit d’avance
dans l’horoscope et les transits. On a le droit de croire à
ce conte de fées en dépit des mécomptes
de faits qu’on peut aisément lui opposer. Mais il est
quand même temps que l’astrologie en finisse avec son
enfance astromancienne et reconnaisse enfin que sa puissance
prédictive est quasi-nulle.
J’en reviens ici au malentendu et au paradoxe que j’énonçais
au début de ce texte : née d’un désir
prédictif collectif exempt de tout psychologisme individuel,
l’astromancie a accouché de l’astrologie, extraordinaire
instrument - pour qui sait le manier - de compréhension
du fonctionnement des individus, indépendamment de toute
volition prédictive. Ultime assomption de ce malentendu
réaliste et paradoxal : l’astrologie dépouillée
de sa gangue astromancienne permet de prévoir le comportement
d’un individu dès sa naissance, ce qui confirme son
pouvoir prospectif tout en enterrant ses velléités
prédictionnistes ! Autrement dit, l’astrologie est née
d’une matrice qui n’aurait pas dû lui donner le jour,
mais qui en a quand même paradoxalement accouché
! De quoi faire flipper l’étroit cerveau d’un scientiste
rationaliste ignorant des paradoxes dont l’épistémologie
regorge pourtant à foison… et feignant d’oublier que
toutes les sciences sont nées des questions que se posaient
les Hommes au sujet des relations et interactions entre le
Ciel et la Terre !
Prévoir ou prédire, il faut choisir… Le "prévoir"
permet de couper le cordon ombilical entre astromancie et astrologie
tout en maintenant le lien de filiation. Le "prédire"
n’est que de l’astrolâtrie, autrement dit une régression
infantile. L’astrologie ne doit pas se priver de ses moyens
de prévoir, mais humblement, dans un cadre probabiliste,
à l’intérieur d’un cadre de déterminations
et conditionnements multifactoriels et par conséquent
extra-astrologiques qui doivent clairement être appréciés
comme tels. Elle doit abandonner toute velléité
de prédire quoi que ce soit dans l’absolu. Et tant pis
si cela la conduit à s’opposer à sa mère
l’astromancie : c’est cela, devenir adulte.
Les limites du prévisible
L’astromancie prédictive ayant été
mise à la place qui devrait depuis longtemps être
la sienne, c’est-à-dire au musée, reste à
délimiter le domaine de l’astrologie prévisionnelle.
Cet abandon de l’astromancie doit évidemment aller
de pair avec celui des techniques prévisionnelles magico-symbolistes
telles que les directions et progressions qui n’ont de réalité
que dans l’imaginaire. Seuls les transits devraient être
pris en compte, en s’accordant sur le fait qu’ils ne sont que
des indicateurs de tendances et de problématiques et
non des déclencheurs d’événements. Les
transits posent des questions auxquelles il revient aux individus
de répondre dans le cadre de la situation extra-astrologique
(familiale, professionnelle, affective, spirituelle, économique,
etc.) où ils se trouvent. Dans cette optique non-déterministe
ou pluri-déterministe, à un même transit
deux individus ayant le même Thème natal peuvent
réagir de manière totalement opposée en
fonction du contexte où ils se trouvent et de leur évolution
personnelle.
Sur le plan de l’astrologie individuelle, 35 ans d’expérience
de la consultation m’ont appris que la prévision ne
pouvait être que probabiliste et ne pouvait s’opérer
que dans le cadre d’une analyse multifactorielle des divers
déterminismes qui conditionnent un individu à
un moment donné. Ils m’ont également appris que
plus un individu avance en âge, plus il devient possible
de prévoir (et non prédire… mais parfois presque
!) la manière dont il est susceptible de réagir
à un transit.
Avant l’âge de 30 ans environ (soit la durée
approximative du cycle de Saturne), il est quasiment impossible
de prévoir comment il va réagir à un transit,
d’une part parce qu’il en a encore vécu très
peu de similaires, et qu’on ne peut donc pas se baser sur les
réactions qu’il avait eu alors pour tenter d’évaluer
celles qu’il serait susceptible d’avoir à l’avenir,
et d’autre part - mais les deux phénomènes sont
liés - parce que sa personnalité est encore en
construction… donc assez imprévisible. A partir de 50
ans par contre, l’individu a vécu plusieurs transits
similaires, et sa personnalité s’est structurée
et plus ou moins stabilisée, notamment en fonction de
ses réactions aux différents transits. En le
questionnant pour savoir comment il a réagi à
ceux-ci, et si l’on constate qu’il a toujours réagi
de manière à peu près identique, on peut
pronostiquer avec une bonne probabilité de ne pas se
tromper, qu’il risque fort de réagir à l’identique
lors d’un transit similaire à venir, non par une sorte
de fatalité astrale, mais du fait de nos automatismes
de répétition qui se renforcent avec l’âge.
C’est ce qu’on appelle le conditionnement.
Ceci dit, en quoi cette prévision à très
forte probabilité de réalisation effective peut-être
être utile au consultant ? En rien, si ce n’est qu’un
verdict du genre : "Monsieur X., étant donné
que lors de vos quatre précédents transits de
la planète Y sur le point Z de votre Thème vous
avez réagi de manière dysfonctionnelle et inadaptée,
vous recommencerez dans deux ans lors du cinquième transit".
Il est beaucoup plus utile de lui dire : "Monsieur X.,
étant donné que lors de vos quatre précédents
transits de la planète Y sur le point Z de votre Thème
vous avez réagi de manière dysfonctionnelle et
inadaptée, vous risquez fort de faire de même
dans deux ans lors du cinquième transit. Mais vous pouvez
éviter ce désagrément en essayant de modifier
dès maintenant vos conduites dysfonctionnelles afin
d’éviter de commettre à nouveau les mêmes
erreurs dans deux ans". S’il en résulte pour le
consultant une prise de conscience salutaire, l’astrologue
peut alors lui proposer un programme et des méthodes
pour résoudre ou mieux intégrer sa problématique,
que le consultant sera alors libre d’accepter ou de refuser.
S’il accepte et parvient à modifier ses comportements
dysfonctionnels, échappant à ses automatismes
de répétition, ce qui était prévisible
ne se réalisera pas et c’est tant mieux pour lui. S’il
refuse ou se montre incapable de se remettre en question, la
prévision se réalisera… non pas à cause
d’une quelconque fatalité astrale ou du génie
prophétique de l’astrologue, mais du fait de cet automatisme
de répétition auquel le consultant n’aura pas
su, pu ou voulu échapper.
Dans cette perpective, vouloir prévoir pour prévoir
est une imposture nuisible au consultant. Ce qui lui est utile,
c’est que l’astrologue lui propose des stratégies de
transformation pour éviter que des prévisions
tragiques ne se réalisent. Il faut pour cela à
l’astrologue beaucoup d’humilité et de sens de l’humain,
qualités dont semblent dépourvus les matamores
de la prédiction ou de la prévision à
tout va qui se glorifient de leurs victoires en passant sous
silence leurs échecs en la matière.
Evidemment, une telle conception du caractère prévisionnel
de l’astrologie va à l’encontre de la demande des consultants
avides de "connaître leur avenir" par n’importe
quel moyen, et des astro-charlatans qui font de leurs prédictions
un commerce lucratif et une base d’auto-promotion narcissique.
Mais c’est un autre problème qu’il n’y a pas lieu d’aborder
ici, sinon en soulignant le fait que ces astro-charlatans sont
en fait des astromanciens de pacotille qui trahissent les vertigineuses
intuitions des vrais astromanciens primitifs qui avaient su
découvrir la mystérieuse relation entre l’Homme
et le Ciel avec les instruments cognitifs de leur époque
et de leur stade de développement intellectuel.
Faut-il brûler les astromanciens
d’aujourd’hui ?
Nous n’en sommes plus à l’ère de l’Inquisition
(du moins dans les pays démocratiques et respectant
les libertés individuelles et les droits de l’Homme).
Les astromanciens ont donc le droit de vivre et de propager
leurs inepties sur la place publique. Dans nos sociétés
basées sur les lois du marché commercial, ils
proposent une offre irrationnelle qui correspond à une
demande irrationnelle. L’irrationnel étant au cœur du
fonctionnement humain, il est vain de vouloir l’éradiquer.
Il faut faire avec. Toutes les tentatives rationalistes de
l’extirper ont échoué. Il est inutile et vain
de tenter de recommencer. On peut prédire que ce serait
un échec.
Par contre, il est vital pour les astrologues un tant soit
peu rationnels de dénoncer haut et fort leurs théories
et leurs pratiques. L’astromancie est le talon d’Achille de
l’astrologie, non pas sa part d’enfance, mais sa part d’infantilisme,
ce qui n’est pas la même chose. Ceux qui ne sortent pas
de l’enfance son condamnés à l’infantilisme,
cette grotesque simagrée de l’enfance.
Qui est le "père"
de l’astrologie ?
Au fait, si l’astromancie est la mère de l’astrologie,
qui est son père ? Et lequel des deux est le plus indigne,
le père ou la mère ?
Je ne suis pas adepte des freudaines, donc je ne vais pas
traiter ces questions sous l’angle du complexe d’Œdipe et blablabla.
Quand j’ai écrit que l’astromancie était la "mère"
de l’astrologie, ce n’était qu’une toute symbolique
et symboliste figure de style. Mais puisque je l’ai utilisée,
autant aller jusqu’au bout de la logique qui la sous-tend.
Si la mère est Chaldéenne, le père ne
serait-il pas Grec ? Même pas : les premiers documents
"astro-psychologiques" connus datent d’avant (voir
plus haut) la connexion entre l’astromancie Chaldéenne
et les savoirs physiques et philosophiques hellénistiques.
Donc le "père" semblerait bien, lui aussi,
être Chaldéen, donc lui aussi astromancien. Comment
alors comprendre le caractère "hybride" de
l’astrologie, croisement improbable entre croyance irrationnelle
et "science humaine" ?
Je ne suis pas historien, mais j’imagine néanmoins
qu’entre -420, date du premier document astro-psychologique
connu, et -300, date du début de la fusion entre l’astrologie
chaldéenne et les savoirs Grecs, il a quand même
dû y avoir quelques perfusions de savoirs. Le "père"
putatif pourrait donc bien être Grec… ce qui expliquerait
assez bien le statut hybride de l’astrologie : astromancien
irrationnel mais néanmoins créateur de l’astronomie,
des mathématiques et du langage par sa mère qui
était quand même riche d’un potentiel astrologique,
astrologique-moderne par son père affamé de logique
et de rationalité - donc digne fils de sa mère,
quelque part, vu qu’elle ne l’avait pas attendu pour explorer
rationnellement, expérimentalement et logiquement les
mystères du Ciel et de la Terre.
S’agirait-il alors de scissiparité, "mode de
multiplication asexuée qui se réalise simplement
par division de l’organisme" ? Dans ce cas, l’astromancie
n’aurait pu reproduire que de l’astromancie, ce qui n’est pas
le cas, sauf pour les astromanciens et anti-astrologues qui
croient à ces fables.
Laissons donc tomber ces idées de "mère"
et de "père" et constatons l’existence de
ce paradoxe doublé d’un malentendu qui n’en est un que
pour la raison raisonnante : l’astrologie est née d’une
interrogation de l’Homme sur ses relations avec le Ciel. Au
début, cette interrogation avait un caractère
intuitif et irrationnel. Puis elle devenue pensée et
rationnelle. Ce qui signifie que l’irrationnel a accouché
du rationnel. Nouveau paradoxe vivant et concret dont la signification
échappe aux rationalistes et irrationalistes de tous
poils, vu que tout est dans la conversion, donc dans la Relation
entre les deux.
Le paradoxe est au centre de tous
les savoirs. L’alchimie occultiste a accouché de la
chimie.
En guise de conclusion provisoire… L’astromancie a accouché
de l’astrologie, c’est un fait. Dans l’arbre généalogique
idéel de tout astrologue du XXIe siècle figure
un ancêtre astromancien, c’est indéniable. Tout
comme il est indéniable que la chimie moderne a renié
sa mère l’alchimie occultiste dont elle est pourtant
l’héritière. La mère de la chimie était-elle
indigne ? Non. L’alchimie faisait ce qu’elle pouvait dans la
mesure des savoirs de son époque encore baignée
d’irrationnel comme toutes les époques. L’alchimie était
l’enfance de la chimie, susceptible de croire au merveilleux
comme toutes les enfances. De plus, tous les alchimistes étaient
peu ou prou astrologues et/ou astromanciens.
Tous les savoirs, toutes les sciences ont des sources irrationnelles.
Tous sont enfants de l’irrationnel, puisque c’est l’irrationnel
qui a enfanté le rationnel (ne me demandez plus qui
est le "père"). L’astrologie n’échappe
pas à cette règle universelle. Ce qui fait sa
spécificité, c’est qu’elle est le seul savoir
à ne pas avoir coupé le cordon ombilical qui
la relie à ses racines mythiques. Pourquoi ? Pour quelles
raisons ou déraisons ? Probablement parce que c’est
fondamentalement un savoir qui unit et relie et qui rechigne
donc aux séparations. Très certainement parce
que les astrologues n’ont pas voulu, su et/ou pu exercer un
droit d’inventaire sur l’héritage astromancien. Pas
voulu parce que l’illusion de toute-puissance prédictive
leur conférait une aura de démiurges que l’astrologie
seule n’aurait plus leur octroyer ; pas su parce qu’à
l’époque de la naissance de la science moderne, ils
ont été marginalisés… et se sont eux-mêmes
guettoïsés en se réfugiant dans l’occultisme
; pas pu car une infime minorité d’entre eux se sont
donné les moyens et ont eu l’audace d’opérer
et de théoriser cette séparation, la majorité
préférant se réfugier dans un conservatisme
de boutiquiers frileux, les plus audacieux estimant qu’il n’y
a pas une grande différence, au fond, entre un mythe,
qu’on a un peu dépoussiéré pour le rendre
réaliste, et une explication rationnelle (en passant,
les explications rationnelles opérantes ne seraient-elles
pas des mythes réalistes ?).
Ces considérations philosophico-poétiques,
sociologiques et épistémologiques n’excluent
en rien la nécessité d’une explicative biophysique
de l’influence astrologique, qui est à mon avis indispensable.
Grand merci aux astromanciens de la lointaine antiquité
qui ont fait de moi un astrologue. Je revendique et accepte
l’héritage qu’ils m’ont transmis. Sous droit d’inventaire
implacable, sans aucune concession. L’astrologie dont ils ont
accouché a pris une autre route que la leur, une route
inimaginable dans leur esprit. C’est souvent comme ça
avec les enfants : ils ne font pas vraiment ce qu’on avait
prévu pour eux. Comme quoi la prévision est faillible.
Exercer un droit d’inventaire ne veut pas dire renier en
bloc son héritage, pas plus que couper son cordon ombilical
ne signifie tuer sa mère. De l’héritage de la
mère astromancienne gardons donc le meilleur et l’essentiel
: cette intuition d’une relation entre l’Homme et les astres
du système solaire, dont le caractère cyclique
et périodique permet la prévision. Et débarrassons-nous
une bonne fois pour toutes du chimérique prédictionnisme
magiste et fataliste.
Cet article vous a été proposé
par : Richard
Pellard

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